night house at daytime de Jean-Pascal Flavien, l’œuvre qui respire

Jean-Pascal Flavien, Untitled (Cowboy Photo 03), 2011 Courtesy galerie Catherine Bastide

Jean-Pascal Flavien, Untitled (Cowboy Photo 03), 2011
(Courtesy galerie Catherine Bastide)
Parfois je respire plus fort et tout à coup,
ma distraction continuelle aidant, le monde se soulève avec ma poitrine.
Henri Michaux, En respirant
(La nuit remue, Gallimard, Paris, 1967, p 31)

La maison n’est pas placée au centre. Elle est le centre. Elle n’est plus habitable, juste habitée. Et de son toit-terrasse fait de pyramides à gradins, je peux me hisser poétiquement dans la nuit, la contempler, être dedans. Les précédentes maisons de Flavien, lieux d’expérimentations artistiques qui ont caractérisé son travail depuis 2000, étaient de vraies architectures intégrées dans la nature ou sur un site d’exposition. À la fin des années quatre-vingt-dix, il conçoit trois maquettes en ciment mais celles-ci, déjà, restent à l’échelle de maquette, ou plutôt, deviennent l’objet constitutif du projet night house at daytime, qui prend une première forme en 20111.

night house at daytime, 2011
Vue d’exposition, Galerie Catherine Bastide, Bruxelles.
(Courtesy galerie Catherine Bastide)

Avec sa petite sculpture de 40 x 58 x 47 cm posée sur un socle, cet ensemble est pensé comme une architecture, ou un paysage. Nul besoin d’entrer dans la maison. Car l’œuvre se déploie autour, en plusieurs séries d’éléments, combinés ou non : une série de photographies représentant un cowboy au crépuscule, une série de peintures rondes monochromes (les soleils) et une série de livres de poésie (Hart Crane, René Char, Georges Bataille, …) placés dans des caissons, ouverts à une page qui exprime une expérience de la nuit.

La night house pourra même exister sans la sculpture, sans murs alors. L’œuvre, en effet, se renouvelle et se transforme avec le temps, que l’on pense à la présentation de 2011 (comprenant deux maisons, des livres, la série de photographies et deux soleils) ou aux versions de 2013 pour Angle2 et pour le musée de Valence3. Dans chaque configuration, les éléments constitutifs contribuent à former l’espace complet de l’œuvre, ils sont l’œuvre, pensée comme un tout plastique, multiple et unifié. À l’image de la production de Flavien, la night house est une maison qui respire, un tout en continuel devenir, dans lequel les combinaisons sont variables, ce qui confère à l’ensemble une dimension vivante, malléable, expansive.

Si viewer (2007), no drama house (2009), PLAy (2011) proposaient une expérience, ces maisons-installations n’étaient pas la mise en œuvre d’une réconciliation, issue des avant-gardes, entre l’art et la vie, lieu exclusif d’un échange actif entre l’artiste et le spectateur. La tentation d’un rapprochement entre la production de Flavien et un art préoccupé par le lien social est grande pourtant. Tout simplement parce qu’il a réalisé des œuvres qu’il a occupées et auxquelles le spectateur a pu participer à son tour, impliqué dans l’expérience d’une œuvre qui s’étire dans le temps. Si ses maisons ont pu avoir le rôle d’une « sculpture sociale » (Beuys), elles ne visaient pas à transformer le monde ou à vivre l’œuvre d’art uniquement à travers la relation. Elles se rapprochent plus formellement et conceptuellement des Propositions d’habitation d’Absalon, qui se soustraient au monde environnant, sans pour autant proposer une alternative fonctionnelle ou définitive, car un tel projet s’inscrirait alors dans l’histoire des utopies du modernisme, de Malévitch et de Stijl aux unités d’habitation de Le Corbusier4. ©DDH octobre 2013

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1. Présentée à la galerie Catherine Bastide à Bruxelles.
2. Lire dans Expositions.
3. Lors de sa réouverture en décembre 2013, le musée de Valence rénové présentera une version de night house at daytime composée de six éléments (une maison, 3 photographies, un soleil et un livre). Cet ensemble a été acquis par le Centre national des arts plastiques en 2013 en vue d’un dépôt au musée.
4. Cf. la description que donne Flavien, in No drama house, éd. Devonian Press, 2005.