Piano Phase, de Steve Reich

Cette pièce de 1967 est composée d’une partition de départ de trente deux mesures sous-divisée en trois sections, chaque section reprenant un même motif de base. La première partie est la plus longue et complexe des trois, basée sur un motif de 12 notes.

Il est difficile (lors de la première écoute au moins) de prévoir les moments d’accélérations ou le retour à l’unisson, et même, d’entendre les changements tant ils sont graduels et semblent pleins du moment ou de la note qui les précède. On ne peut qu’effleurer la différence d’une note à l’autre, d’un moment à l’autre tant ils semblent se fondre dans le suivant. Il n’y a pas de rupture, aucun cycle n’est véritablement marqué. Ce n’est ni une reprise (comme dans Vexation d’Erik Satie), ni exactement lancinant comme un refrain, ni fluctuant comme des variations (comme dans Mad Rush / Metamorphosis de Philip Glass). Ce n’est pas juste une répétition du même, et la notion de répétition peut elle-même être discutée. Comme l’écrit Reich, la musique de phase est la « musique comme processus graduel » : elle fait du minimalisme une rencontre avec l’auditeur, une expérience à la fois extrêmement cadrée et ouverte.
Cette œuvre est, en ce sens, assez typique de la démarche des artistes Américains des années soixante, plasticiens notamment, et c’est précisément dans ce contexte que Piano Phase a été créée et que paraîtra Music as a gradual process en 1969.
©DDH (extrait de Résonance du minimalisme : Piano Phase de Steve Reich (1967), une construction généreuse)