L’apparition du paysage [collections, 2013] 

White sun, 2011
Jean-Pascal Flavien, white sun, 2011 (Collection Centre national des arts plastiques, dépôt Musée de Valence /Courtesy Galerie Catherine Bastide)
Parcours d’art moderne et contemporain présenté dans le cadre de la réouverture du musée de Valence. À partir du 13 décembre 2013.

Salle 15/
Un paysage entre ombre et lumière nous accueille à l’entrée du parcours.
En son centre, une petite maison en ciment aux vitres teintées pour filtrer la lumière du soleil est environnée d’un poème, d’un soleil placé à contre jour et de photographies dans lesquelles un cowboy chemine dans la pampa mexicaine à la tombée de la nuit. Cet ensemble de Jean-Pascal Flavien, nighthouse at daytime (2011), dont le titre peut se traduire par « maison nocturne de jour », est pensé comme une architecture : nul besoin d’entrer dans la maison car l’œuvre se déploie autour. Etrange et mystérieuse, elle offre une expérience de la nuit et du paysage, au seuil du visible.
Cette nighthouse dialogue dans cette salle avec d’autres œuvres et points de vue sur le thème du jour et de la nuit : un dessin de Joseph Sima, une photographie de Ceal Floyer, et une gravure de Vija Celmins.

Le dessin à l’encre de Joseph Sima semble lui répondre par un jeu de mots. Ses Gouttes de lumière sont noires en effet, car la lumière puise autant dans le noir que dans le blanc et irradie ainsi tout l’espace du dessin. Pour l’artiste tchèque, qui fonde en 1927 le groupe artistique Le Grand Jeu et développe le thème des gouttes de lumière à partir des années 1950, le paysage est une création mentale, il naît dans la nuit de l’esprit lors d’une illumination soudaine.
Cette relation inextricable du jour et de la nuit, de l’ombre et de la lumière est aussi à la base du procédé photographique. La photographie Viewfinder de Ceal Floyer (2006) a pour sujet le moment de la prise de vue, qui est sensé donner lieu à l’apparition d’une image. Mais ce moment reste en suspens. On ne saura ni ce qui est photographié ni qui prend la photo : on ne perçoit que l’ombre portée, ou le reflet de l’ombre portée, d’une personne invisible. De fait, on ne sait pas très bien ce qu’il y a à voir et peut-être le fond neutre de cette image est-il une page blanche sur laquelle projeter sa propre représentation ?
Ceal Floyer nous associe au processus de création, tout comme Ocean Surface Woodcut de Vija Celmins (1992) puis dans la salle suivante Dauphiné Mountain Skyline, Vercors, France d’Hamish Fulton (1995) nous entraînent dans la technique du dessin. Le chemin dessiné chez Fulton ou les vagues chez Celmins sont en effet une métaphore de l’exploration d’une surface et du travail de l’artiste qui par un geste répétitif et continu crée petit à petit une forme.
Pour ces artistes, le jour, la lumière, la nuit, le noir du crayon ou du lavis, la vue ou encore, les mots et l’imagination, contribuent à l’apparition de formes et représentations. Ils donnent naissance au paysage, invitant le visiteur au seuil à entrer progressivement dans le parcours.

©musée de Valence/DDH décembre 2013, commissaire invitée pour l’art moderne et contemporain.