sur James Rielly

« Une reprise est-elle possible ? Quelle signification a-t-elle ? Une chose gagne-t-elle ou perd-elle à être reprise ? », interrogeait Kierkegaard dans La reprise (1843).

« Une reprise est-elle possible ? Quelle signification a-t-elle ? Une chose gagne-t-elle ou perd-elle à être reprise ? », interrogeait Kierkegaard dans La reprise (1843).
On sait depuis Freud que les souvenirs ne sont pas stockés dans une partie de la mémoire mais sont de nouvelles constructions qui relèvent d’un processus de mémoration. La reprise des motifs noirs chez Rielly est déclenchée au contact d’un certain contexte, la réapparition de l’image du corbeau. Mais l’origine des peintures en noir et blanc est elle-même plurielle: les chiens, indique Rielly, sont une citation de Stalker, le corbeau est inspiré par le souvenir de sa maison d’enfance, pleine d’animaux empaillés. Les silhouettes mystiques sont une réminiscence du voyage en Inde qu’il réalise quelques années auparavant et une interprétation des formes qui le fascinent, dans lesquelles tout est double ou démultiplié (comme le dieu Shiva représenté en danseur cosmique Nataraja, avec quatre bras qui symbolisent la création et la destruction du monde). Cette double énergie s’est infiltrée dans les Christ rayonnants de Rielly, leur donnant une aura à la fois spirituelle et inquiétante (que l’on retrouve dans The painted house, 2014), redoublée ici par leurs obscures silhouettes. Si les liens de James Rielly avec le bouddhisme et l’hindouisme peuvent se traduire par quelques citations formelles, ils passent surtout par cette constante réunion des contraires qui s’exprime dans son œuvre.
Associées comme les pièces d’un échiquier en une composition murale, les œuvres créent un rythme à travers leur fausse répétition et leur déclinaison arbitraire, comme si elles s’imprégnaient les unes les autres pour former un tout, multiple et un, comme si cet échiquier n’était qu’un échantillon des combinaisons possibles, à l’image de l’infinité des rapports à l’intérieur de ce tout.
Cette reprise a lieu au moment où les œuvres, qui avec le temps forment un corpus familier dans le regard du spectateur, changent. Les peintures s’éclaircissent et la couleur s’imprègne sur le papier comme un tatouage sur la peau. Leur pâleur de plus en plus évidente émerge alors que les peintures noires renaissent. Et c’est dans cette coïncidence que se tient l’unité. Car ces deux ensembles ne sont pas en opposition mais se complètent et l’on se laisse porter vers le mystère. Et si l’un exprime par le noir la densité, l’autre laisse la place à une lumière douce et diffuse. Tous deux dévoilent une intensité nouvelle.©DDH

Extrait: James Rielly, Après la pluie, cat.exp. Beaux-arts, Paris, 2015.

In light JR

In Light, 2015, aquarelle sur papier ©James Rielly

jesus+with+twelve+arms-38.5x27cm-2014-JamesRielly

Jesus with Twelve Arms, 2014, encre sur papier ©James Rielly