Hôtels, Hôtels / artpress 439 (décembre 2016)

Dans un autoportrait pris de nuit au Park Hyatt Hotel de Tokyo en 2015, le photographe Alec Soth flotte au-dessus du monde, allongé sur son lit qui se reflète dans la large baie vitrée de la chambre. C’est un appel à la rêverie tout d’abord : on peut facilement s’imaginer à sa place et distraitement, se laisser porter par l’image, flotter à son tour. Quand on descend à l’hôtel, généralement,

c’est qu’on est en voyage et c’est bien l’impression que donne cette photographie, qui déplace un lit dans les airs et nous transporte ailleurs. L’hôtel, dans l’histoire de l’art, est doublement dépaysant. C’est un sujet rare et c’est un cadre insolite, propice à la création. On ne trouvera que quelques évocations des hôtels avant la fin du 19e siècle, en lien avec les usages et l’évolution de ces établissements . On pourrait même croire que ce n’est pas un sujet de la peinture, tant il est associé à l’univers du cinéma qui en fonde le mythe, mettant en scène des hôtels miteux ou ordinaires et des palaces. Discrètement mais avec une certaine constance, l’hôtel s’est glissé peu à peu dans les représentations, parce qu’il est au tournant des 19e-20e siècles une expression de la modernité, lié au mode de vie bohème et extravagant des artistes, des écrivains nantis ou sans le sou. Lieu initiatique, il s’est inventé une mythologie dans l’art, source d’inspiration des nouveaux hôtels où les artistes sont maintenant invités. En réalité, l’hôtel échappe et c’est là sa singularité, son intérêt et sa force dès son entrée dans la peinture : ne jamais devenir un territoire familier malgré toutes les tentatives pour l’institutionnaliser ou le domestiquer.

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Mario Garcia Torres, Tea, 1391 (Iranian Calendar), 2012 (film 35 mm transferré sur vidéo HD) © Courtesy de l’artiste

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